Pour les palmarès des écoles
23 10 2008Encore une fois cette année, le milieu de l’éducation fait une montée de lait contre le palmarès de L’Actualité. C’est aussi prévisible qu’il va neiger cet hiver. J’ai deux choses à dire sur le sujet.
C’est normal que le milieu de l’éducation le prenne mal. C’est un des seuls milieux de travail qui n’a pas été habitué à être évalué. Dans tous les autres domaines, les travailleurs et leurs patrons doivent faire face à des évaluations de rendements au moins une fois par année. Généralement, ceux qui les évaluent les fréquentent quotidiennement et sont donc en mesure de porter un jugement éclairé. Pas dans le monde de l’éducation où tout le monde travaille en vase clos. Ça commence à la base. Un mauvais prof peut sévir pendant toute sa carrière sans être sérieusement remis en question. Il règne en maître sur ses classes et si jamais les choses se corsent il peut compter sur un des plus puissants syndicats du Québec. Le même raisonnement s’applique aux directions d’écoles. Leurs patrons sont loin de l’action parce que leurs bureaux sont au siège de la commission scolaire. Les commissions scolaires gèrent comme elles le veulent parce que personne ne sait ce qu’elles font vraiment et que tout le monde s’en fout. La preuve en est le famélique taux de participation aux élections scolaires. À l’autre bout du spectre, les fonctionnaires du ministère imposent leur vision de l’éducation peu importe les souhaits des gouvernements, parce que pendant que les très nombreux ministres de l’Éducation de succèdent, eux restent vissés sur leurs chaises. Finalement, pour justifier leur existence, ils inventent des réformes plus au moins heureuses que les profs de la base appliquent plus ou moins selon leur bon vouloir. La boucle est bouclée comme on dit. L’éducation est un milieu où il y peu d’imputabilité parce que ses clients, les élèves et leurs parents, sont soit trop jeunes et sans pouvoir, ou pas assez impliqués pour voir ce qui se passe.
Je me méfie de tous ceux qui, dans toute la société, s’opposent à ce que l’information circule. C’est compréhensible que les institutions veuillent cacher les données parfois négatives qui les concernent pour protéger leurs intérêts. Je ne comprends pas que des comités de parents s’opposent à ce que des informations sur les écoles que fréquentent leurs enfants circulent. Leurs principaux arguments sont que les palmarès ne reflètent pas toutes les données qui font d’une école un bon milieu de vie et qu’il sont démotivants pour celles qui performent mal. Je vais revenir à mon analogie sur l’évaluation des travailleurs. Dans ce genre de processus, on évalue la performance. Si un travailleur contribue à la bonne ambiance dans son milieu par sa bonne humeur et sa générosité, on va peut-être lui en faire la remarque, peut-être pas, mais ça ne lui vaudra certainement pas une augmentation de salaire. C’est la même chose pour les écoles. Les palmarès contiennent des données brutes. Il appartient aux parents de vérifier si l’ambiance qui y règne est propice au développement de leur progéniture. En ce qui concerne la motivation, j’espère que ces parents n’appliquent pas le même principe dans l’éducation de leurs enfants. Les pauvres, il ne faut surtout pas leur dire qu’ils ne performent pas bien, ça pourrait leur faire faire une dépression. Il me semble que la meilleure façon d’améliorer les écoles est d’abord de les évaluer pour ensuite prendre et leur donner les moyens de s’améliorer. Finalement, un dernier reproche concerne la comparaison des réseaux publics et privés. On pourrait bien séparer les deux, mais ça n’empêcherait personne de les comparer. Les écoles privées doivent leur succès à deux facteurs. La sélection des étudiants et le niveau d’éducation des parents. Ils sont en général plus riches et plus éduqués que la moyenne. C’est normal que leurs enfants suivent l’exemple parental qui les amène à mieux étudier, plus longtemps, pour maintenir une fois adultes le niveau de vie qu’ils connaissent. C’est injuste pour les moins nantis, mais c’est comme ça.
Depuis le début de ce texte, je parle de palmarès au pluriel. Nous sommes chanceux, cette année il y en a deux. Le Journal de Montréal a publié celui de l’institut Fraser il y a quelques semaines. On peut donc comparer.
Pour vous aérer l’esprit, visitez Les bulles en cliquant ci-dessous :
Permalien
Comments :
Catégories :


